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28/02/2026 21h14

La migration à Agon

L’intensité et la diversité du passage migratoire de passereaux noté sur le célèbre secteur des falaises de Carolles, face au mont Saint-Michel, ainsi que les suivis plus larges réalisés en 2009-2014, documentent l’existence d’un flux migratoire de passereaux suivant globalement le littoral de la Manche. Il n’est guère plus révolutionnaire de considérer la côte manchoise des Havres comme un lieu intéressant pour suivre et tâcher de dénombrer le passage de passereaux, ne serait-ce que pour évaluer la part qui transite ici par la côte au lieu de couper à travers la presqu’île du Cotentin comme observé dans l’étude GONm de 2009-2014 (Chevalier & Beaufils 2016). En Vendée, le site de la pointe de l’Aiguillon est connu depuis plus de trente ans pour constituer un point de passage migratoire de première importance pour les passereaux, en plus des innombrables limicoles : les oiseaux longeant le trait de côte le suivent sur toute la flèche sableuse jusqu’à se trouver dans l’obligation de franchir le bras de mer de plus de 5 kilomètres qui les sépare alors de la côte charentaise au-delà de la baie de l’Aiguillon. Les estuaires successifs que forme la côte des Havres, entre Barneville-Carteret et Granville, forment a priori pour le flux de migrateurs autant de « pointes de l’Aiguillon » successives : le jeu des courants, des marées et du flux des fleuves côtiers à l’embouchure a constitué des havres plus ou moins larges ou profonds partiellement barrés par une flèche sableuse nord-sud, tantôt en rive droite, tantôt en rive gauche. Le havre de Regnéville, entre les communes d’Agon-Coutainville et de Regnéville-sur-mer, à quelques kilomètres à l’ouest de Coutances, constitue le plus vaste et celui dont la configuration évoque le plus la pointe de l’Aiguillon avec un long triangle sableux de trois kilomètres environ depuis Coutainville jusqu’au phare, la pointe d’Agon, suivi par l’embouchure elle-même. L’objectif des suivis menés à l’automne 2025 est de vérifier la présence d’un flux de passereaux migrateurs suivant cette flèche sableuse avant de « sauter » le bras de mer en direction du sud, et de commencer à en caractériser l’ampleur et la composition.

Les inventaires suivants doivent donc être compris comme un test mené selon les disponibilités de l’opérateur, et ne constituent pas un choix méthodologique arrêté en termes de nombre de dates, de fréquence ou même de durée. 

Méthodologie

Le suivi a été réalisé par un opérateur seul, doté de jumelles mais pas de longue-vue, installé sur la Pointe d’Agon à proximité immédiate du phare, près du chemin de randonnée. Localisé sur « l’échine » du bourrelet sableux que forme la Pointe, il dispose d’un point de vue dégagé vers l’ouest, le nord et l’est, le bouquet d’arbres masquant partiellement la vue côté sud. Il est ainsi en mesure de vérifier que les groupes d’oiseaux qu’il observe s’élancent au-dessus de la mer après avoir atteint l’extrémité de la pointe, ou bien s’il s’agit d’oiseaux « locaux » qui ne font que se déplacer sur le cordon dunaire.

L’observateur reste en poste, en matinée, pendant une durée d’une heure environ, saisissant ses observations à mesure sur l’application NaturaList. Pour les passereaux, le détail « en vol » est ajouté uniquement dans le cas d’oiseaux en migration active se disposant clairement à franchir le bras de mer quelques secondes après avoir survolé l’observateur. Par exemple, le groupe d’une centaine de Linottes mélodieuses qui en automne ne cesse de parcourir la Pointe dans le secteur du phare n’est pas noté comme tel.


Carte IGN (1 :25000) de la pointe d’Agon. L’observateur se poste au point jaune

Les comptages ont été réalisés les 26 septembre, 7 octobre, 10 octobre, 15 octobre, 16 octobre, 30 octobre, 4 novembre et 9 novembre, toujours dans la fourchette 9h30-11h30.

Pour le choix d’effectuer un comptage, la météo est indifférente dès lors qu’il ne pleut pas. En outre, il s’est avéré que le passage des oiseaux n’était nullement contrarié par un vent contraire fort (cas du 4 novembre : vent du sud atteignant près de 40 km/h en rafales sur les horaires du comptage).

Les conditions météo ci-dessous sont celles relevées à 9 heures à la station de Gouville, la plus proche existante qui soit située sur le littoral et donc dans des conditions semblables à celles de la pointe d’Agon.


Tableau 1 : conditions météo relevées à Gouville à 9h le jour des relevés (données disponibles sur infoclimat.fr)

Espèces observées en migration active

Le tableau 2 donne la liste de l’ensemble des espèces contactées lors de ces suivis (données présentes dans les listes complètes consacrées au suivi de la migration ce jour-là) avec les effectifs correspondants par jour. Ces espèces sont au nombre de 64 (+ 2 entrées « indéterminé »).


Tableau 2 : liste des espèces, avec les effectifs, contactées lors des comptages d’oiseaux migrateurs

Cependant, ce tableau renseigne sur peu de chose, hormis la diversité ornithologique observable sur le site de la pointe d’Agon lors de la migration postnuptiale, puisqu’elle inclut des nicheurs locaux, des nicheurs des environs en dispersion, des oiseaux d’eau et limicoles en migration au large, sur l’estran ou dans l’estuaire et contactés « de loin » dans un protocole qui ne leur était pas destiné, des hivernants… Ajoutons enfin que l’observateur a contacté un total de 78 espèces sur l’emprise de la pointe d’Agon entre le 26 septembre et le 9 novembre, toutes données incluses, listes complètes ou non, en suivi de migration ou non.

Le tableau 3 est donc celui qui fera l’objet d’analyses : il est resserré aux seules espèces dont tout ou partie des individus ont été observés en migration active ce jour-là (vol direct nord-sud avec franchissement du bras de mer après avoir survolé l’observateur) et aux effectifs notés en migration active. Autrement dit, dans le cas, par exemple, de l’Alouette des champs, la différence d’effectifs notés entre les tableaux 2 et 3 traduit le fait que la quasi-totalité des alouettes observées étaient en stationnement sur la Pointe et non en cours de franchissement du bras de mer. Les oiseaux d’eau vus au large ou au loin dans l’estuaire sont également exclus, car ils se trouvaient bien trop loin de l’observateur pour que celui-ci puisse déterminer s’il s’agissait de passage ou d’allées et venues, et surtout d’établir des effectifs ayant une quelconque signification. En résumé, on ne s’intéresse qu’au flux de passereaux en migration active survolant la pointe d’Agon puis l’estuaire de la Sienne.


Tableau 3 : passereaux en migration active dénombrés à la pointe d’Agon lors des comptages de l’automne 2025


Ébauche d’analyse

La première observation s’impose immédiatement : avec une moyenne de près de 750 oiseaux en migration active notés pour chaque comptage d’une durée d’environ une heure, oui, la pointe d’Agon est un site de passage migratoire d’ampleur suffisante pour justifier de s’intéresser aux flux et d’en effectuer un suivi.

Le suivi a débuté tardivement, faute de disponibilités et de météo favorable, ce qui explique le faible effectif noté pour l’Hirondelle rustique : aux dates de suivi, le gros du passage avait déjà eu lieu. La situation est sans doute identique pour la Bergeronnette printanière/flavéole, qui passe en nombre au-dessus de la pointe d’Agon d’après les visites réalisées en-dehors des comptages commentés ici.

Parmi les espèces les plus notées :
La Linotte mélodieuse est difficile à dénombrer réellement, car à partir de fin octobre, la pointe d’Agon est constamment occupée par des dizaines d’oiseaux en stationnement prolongé, avec en particulier un groupe de près de 150 individus se déplaçant constamment dans les dunes et cuvettes arrière-littorales. Aussi des groupes en migration ont pu ne pas être repérés comme tels et imputés à ces mouvements locaux.

Le Pipit farlouse en revanche se comporte d’une manière qui permet aisément de distinguer les courts vols locaux des oiseaux en migration, qui passent toujours à plus de 10 mètres de hauteur. Fin septembre, le passage horaire de Farlouses présente des valeurs très proches du flux constaté 24h auparavant sur les sites britanniques que néerlandais, où il est d’ailleurs très faible. Lors des deux sessions de début octobre, la situation s’inverse. Bien que le flux soit sensiblement plus bas à Agon qu’aux Pays-Bas et en Belgique, c’est encore de ces stations qu’il est le plus proche, un gros pic de passage noté en Angleterre puis sur la côte atlantique française ayant été raté d’un jour (il a eu lieu les 5-6 octobre). Ces corrélations sont cependant assez médiocres compte tenu du temps de suivi court (1 à 2h) sur un site unique et plusieurs sites Trektellen très éloignés peuvent présenter des flux semblables à ceux notés à Agon. Cependant, ces constats sont cohérents avec les données de l’atlas des oiseaux migrateurs de France : le département de la Manche reçoit aussi bien des oiseaux descendant de Fennoscandie via le Benelux, entrés en France par les côtes de la mer du Nord, que des oiseaux britanniques et plus nordiques encore (Islande) qui traversent la mer en direction de la presqu’île du Cotentin.

Le Pinson des arbres, dont les effectifs croissent constamment à partir de mi-octobre, est un migrateur abondant à la Pointe, et les chiffres le sous-estiment certainement car les groupes tendent à se déplacer plus haut que les Pipits farlouses, notamment par temps clair (et même par fort vent contraire). Ils sont alors quasi-invisibles sur fond de ciel et ne se signalent que par quelques cris. Il en va de même du Pinson du nord. Tous les contacts ont été obtenus au cri, au sein de troupes mixtes où étaient également présents des Pinsons des arbres.  À la hauteur à laquelle circulent ces oiseaux, il est impossible de dénombrer précisément l’effectif respectif des deux espèces, même si la rareté des cris de Pinsons du nord indique que cette espèce est restée très minoritaire lors des comptages.
Il faut signaler qu’aux deux dates du 4 et du 9 novembre, le flux de Pinson des arbres est important à Agon, et très important sur tous les sites français du Pas-de-Calais au cap Ferret, mais très modeste, voire insignifiant en Belgique et aux Pays-Bas, alors que le 30 octobre, le flux élevé à Agon coïncide avec des valeurs de plusieurs dizaines de milliers d’oiseaux sur les sites du nord de la France et du Benelux. Un blocage des oiseaux aurait-il eu lieu dans le nord de la France les premiers jours de novembre ? En tout état de cause, le flux mesuré à Agon même au pic reste bien inférieur à celui noté sur les sites de suivi de migration dont les données sont consultables sur Trektellen, ce qui peut s’expliquer par la faible visibilité des pinsons en cas de ciel dégagé, les oiseaux passant très haut étant peu discernables sur fond de ciel lumineux.

Un observateur originaire de l’intérieur des terres (comme l’auteur) peut s’étonner de l’effectif colossal, et pourtant sans doute encore sous-estimé, de l’Étourneau sansonnet, vu sa réputation d’espèce désormais sédentarisée. Si les nicheurs français et britanniques sont majoritairement sédentaires, les oiseaux de Fennoscandie, des côtes de la Baltique et du nord de l’Allemagne transitent par centaines de milliers par le Benelux, le nord de la France et les côtes de la Manche et ce sont eux qu’on voit passer sur nos côtes. Légèrement plus tardif que celui des fringilles, le pic est observé plutôt autour du 10 novembre en Normandie (Chevalier & Beaufils, ibid). Ce flux représente près de 50% des oiseaux comptés (graphique 1). Le podium est complété par le Pinson des arbres (27%) et le Pipit farlouse (12%). Aucune autre espèce n’atteint les 5%. Les données présentes sur le site Trektellen aux dates du 4 et du 9 novembre (pic de l’espèce pour les observations d’Agon) indiquent des flux importants de cette espèce en début de matinée le jour même (près de 100 000 à Breskens le 4, 22 000 le 9) et la veille (resp. 153 000 et 50 000). Le trajet de Breskens à la pointe d’Agon représentant environ 400 km en ligne droite et plus de 500 en longeant la côte, ce sont certainement des oiseaux (au mieux) de la veille que l’on retrouve ensuite à Agon. Notons par ailleurs qu’aux dates correspondantes, le flux d’Étourneaux sansonnets passant sur les sites au sud de la Grande-Bretagne est insignifiant autour des dates de pic d’étourneaux à Agon : les chiffres britanniques les plus élevés sont alors notés sur la côte du Norfolk, très au nord de Londres.

La dernière remarque concerne la Mésange bleue : bien que trois groupes aient été observés dont deux relativement importants, le flux migratoire énorme de Mésanges bleues noté sur d’autres sites, notamment à Carolles, à relier à l’abondance des oiseaux nordiques (effectifs très élevés notés à Falsterbo en Suède) n’est qu’à peine sensible ici. Il est probable que l’essentiel du flux provenant du nord-est a « coupé » à travers le Cotentin pour ne rejoindre la côte que plus au sud.


 
Graphique 1 : composition du flux migratoire total noté à Agon à l’automne 2025 (les espèces totalisant moins de 20 oiseaux sont agrégées en un champ Autres espèces et l’entrée Fringille indéterminé est retirée)

Sur le plan de la chronologie, le pic migratoire se situe autour du 1er novembre, si l’on prend en compte les espèces les plus abondantes : linottes, pinsons et étourneaux. Au sens strict, c’est la date du 9 novembre qui voit passer le plus d’oiseaux en raison d’un effectif colossal d’étourneaux, mais les pics des deux autres espèces ont été notés le 1er novembre. En cela, l’année 2025 correspond au schéma relevé sur un ensemble de sites normands suivis par le GONm entre 2010 et 2014 (Chevalier & Beaufils 2016). Si le flux de Pipits farlouses est principalement noté avant la mi-octobre, les flux de pinsons et d’étourneaux se renforcent à mesure que la saison avance. Le premier Pinson du nord est très précoce (7 octobre) à l’image de toute la migration postnuptiale de cette espèce en France cette année : première mention confirmée sur Faune-France le 4 septembre en Haute-Saône, une trentaine de données dans la seconde quinzaine de septembre, passage important à partir du 10 octobre.
Un suivi entamé dès début septembre aurait probablement mis en évidence un fort passage d’hirondelles de diverses espèces et de Bergeronnettes printanières, ainsi que de Pipits des arbres ; la poursuite aurait permis de contacter, probablement, davantage de Tarins des aulnes en plus d’autres fringilles.


Graphique 2 : répartition par espèce et par date des effectifs en migration active dénombrés à la pointe d’Agon

Perspectives et limites

Les comptages menés à la pointe d’Agon entre fin septembre et début octobre n’avaient qu’un objectif : vérifier l’existence d’un flux de passereaux intéressant à suivre et à noter à la pointe d’Agon, en raison d’une topographie tendant à concentrer ce passage. De ce point de vue, l’objectif est atteint. Bien que le gros des passereaux transite plus au sud après avoir traversé le Cotentin, un flux important circule ici, après avoir vraisemblablement coupé la péninsule plus au nord.

Pour un véritable suivi, il serait bien entendu nécessaire de commencer les comptages plus tôt en saison, au moins au 1er septembre, et de le poursuivre au moins jusqu’à la fin novembre, avec un minimum d’une matinée par semaine. Cela nécessite une disponibilité importante d’autant plus qu’il serait très souhaitable de déployer au moins deux observateurs.

Il est bien évident que l’observateur isolé peut « rater » un vol passant alors qu’il en note ou observe un second dans un autre azimut. Il serait bien plus efficace de constituer des équipes de 2 ou 3 personnes, ce qui permettrait aussi de réaliser des comptages sur une matinée entière. En outre, la durée d’une heure minimum, retenue en 2025, est dictée par la difficulté pour un observateur seul de maintenir son attention, sollicitée en permanence sur un front de 180°, et la fatigue oculaire liée à la recherche de passereaux sur un ciel lumineux. Là encore, une véritable équipe, au moins un duo, pourrait évidemment compter de manière plus efficace sur un intervalle de temps plus large, et commençant plus tôt. Une durée supérieure permettrait alors de comparer les flux avec ceux constatés sur d’autres sites, avec une chance plus sérieuse de pertinence.

Le nombre très faible d’espèces rares identifiées lors de ce suivi (concrètement cela se résume à 1 Sizerin cabaret) s’explique aussi par cette saturation de l’observateur isolé, déjà accaparé par les nombreux groupes de fringilles et d’étourneaux, ce qui diminue mécaniquement les chances de repérer les espèces plus rares. Une tentative d’y remédier à l’aide d’un enregistreur Audiomoth n’a pas donné de miracle, l’enregistreur devant être dissimulé dans un fourré sur ce site très fréquenté. L’emplacement était loin d’être idéal et n’a rien détecté qui ne fût déjà connu.

Bien que d’importantes connaissances sur le flux de passereaux existent déjà, l’intérêt d’un tel suivi réside dans les changements possibles depuis la dernière étude de grande ampleur, que ce soit au niveau des dates, de la composition et des effectifs, dans un contexte de changements rapides sous l’effet conjoint du changement climatique et de la dégradation générale des écosystèmes.

Cyrille FREY

 

10/02/2025 21h42

Synthèse de l’étude géomorphologique du massif dunaire de Vauville à Héauville 2021 - 2024

Classée depuis 1976, la réserve naturelle nationale de la mare de Vauville se situe à l’extrême nord-ouest du Cotentin, au sein du site Natura 2000  du « massif dunaire de Héauville à Vauville » qui couvre près de 700 hectares. La réserve naturelle constitue un site naturel et paysager exceptionnel et se distingue du reste du massif dunaire par sa grande mare d’eau douce de près de 9 hectares, accueillant 12 des 18 espèces d’amphibiens normandes, dont le triton crêté, espèce inscrite à l’annexe II de la Directive Européenne Habitat Faune Flore et classée comme vulnérable sur la liste rouge normande. En outre, la mare de Vauville présente donc un intérêt régional et national en termes de conservation des populations d’amphibiens.


Depuis 2019, le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) Normand travaille sur le changement climatique et ses conséquences à l’échelle régionale : recul du trait de côte, augmentation des phénomènes de submersion, de la fréquence des aléas climatiques (périodes de pluies et de sécheresse plus intenses et plus longues) ou encore la progression du biseau salé dans les nappes. Le dernier rapport du GIEC normand fait état d’une hausse du niveau marin d’environ 3 mm/an et d’une élévation de 20 cm au cours du siècle.
Face au recul inexorable du littoral sous les effets conjugués de l'érosion et du changement climatique, le cinquième plan de gestion (2018-2027) de la réserve naturelle oriente les réflexions vers l’anticipation et l’adaptation des actions de gestion face aux conséquences du changement climatique et à une inévitable intrusion d’eau de mer dans les années à venir, menaçant la pérennité de la mare d’eau douce, de la roselière et particulièrement de la diversité d’amphibiens qui s’y reproduisent.

En 2021, afin d’anticiper au plus vite ces effets et ainsi mieux adapter les mesures de gestion au repli des espèces et aux changements à venir, , le Groupe ornithologique normand (GONm), gestionnaire de la réserve naturelle, a engagé le Laboratoire de Géographie Physique (LGP) : environnements quaternaires et actuels (UMR 8591 CNRS), afin d’effectuer une étude géomorphologique de l’ensemble du massif dunaire.

Localisé particulièrement au sud de la réserve naturelle, ce programme de recherche avait d’une part pour objectif de compléter les connaissances déjà acquises sur la structure du massif dunaire, afin notamment de mieux comprendre la composition du massif dunaire et la relation entre les sables et les formations sous-jacentes. D’autre part, ce programme visait à l’identification des nappes souterraines, au niveau d’une zone déprimée où s’observent de nombreuses zones humides qui pourraient être liées à la présence d’une nappe d’eau peu profonde, contenue dans des sables peu épais et reposant sur un substrat peu imperméable.
Pour ce faire plusieurs techniques d’exploration géophysique ont été déployées, basée à la fois sur des mesures de résistivité du sous-sol (ERT), mais également sur des prospections géoradar.
En parallèle, dans le cadre d’un stage de Master, une cartographie géomorphologique (formations et modelés) de l’ensemble du massif dunaire, de l’érosion, des formes d’érosion et des grandes unités écologiques (dune mobile, fixée…), ainsi qu’une étude géo-historique et diachronique de l’érosion (recul du trait de côte et érosion dunaire), de la végétation et de l’occupation/usage du massif dunaire ont été réalisées.
En 2024, de nouvelles prospections ont été réalisées par la plateforme D2T (Drone, Terrain, Télédétection) de l’UMR Littoral – Environnement – Télédétection – Géomatique de l’Université de Rennes  spécialisée dans l’acquisition de données par drones équipés de différents capteurs (RGB, multispectrales, thermiques et Lidar), afin notamment d’envisager la détection des zones humides internes au massif dunaire, la caractérisation des formations végétales et le suivi morphologique à moyen et long terme (érosion, accrétion).

L’étude géomorphologique souligne l’érosion du trait de côte, dont le recul est estimé à une dizaine de mètres au cours des cent dernières années, menaçant à terme les milieux humides dunaires les plus proches du littoral et particulièrement la faune et la flore qui confèrent à la réserve naturelle de la mare de Vauville son caractère unique et remarquable.

L’analyse des formes d’érosion montre l’importance des usages anthropiques sur la morphologie actuelle du massif dunaire.
Tout comme observé lors de la mise à jour de la cartographie des végétations de la réserve naturelle en 2023, l’étude diachronique et les comparaisons de photographies aériennes prises au cours du siècle, mettent en évidence une stabilisation du massif dunaire, une fermeture et une banalisation des milieux. Sur la base de ces informations, une réflexion sera engagée afin de redynamiser la dune et pérenniser les milieux dunaires à forte valeur patrimoniale.

Cette étude met également en évidence la présence de deux cordons dunaires mobiles parallèles au trait de côte. En effet, le plus proche de l’estran semble correspondre à la dune blanche bordière. Au contraire, le second ne ressemble pas aux autres modèles dunaires et semble correspondre à plusieurs dunes accumulées, semi-fixées, pouvant dater de la transgression flandrienne (remontée du niveau de la mer d'environ 100 m survenu au Pléistocène, soit entre -20 000 et -10 000 ans). Afin de connaître l’origine exacte de cette succession de cordons dunaires mobiles, de nouvelles investigations pourraient être menées, notamment à travers la datation des dunes et des analyses granulométriques et géochimiques sur les sédiments profonds, afin d’affiner les connaissances sur la chronologie de formation du massif dunaire.

L’analyse du réseau hydrologique à travers la cartographie des mares souligne l’importance des zones humides interdunaires et une répartition inégale des mares. Cela permet d’identifier à la fois un potentiel très intéressant de zones humides interdunaires dans un contexte où la menace qui pèse sur celles les plus proches du trait de côte va grandissante, mais souligne également un fonctionnement complexe. Les mesures géophysiques ont montré la présence de sable saturé en eau douce, particulièrement sur les secteurs de dune fixées, en arrière des cordons de dune blanche.
La compilation sous SIG des données qui concernent les dépressions humides (altitude, profondeur…) et des données récoltées à l’aide des sondages et par drone pourraient apporter des informations supplémentaires quant au fonctionnement hydrologique du massif et aux connexions possibles entre certaines mares dépendantes des mêmes nappes qui est un enjeu pour la politique de conservation des espèces inféodées aux zones humides.

L’ensemble des données obtenues va permettre d’alimenter la réflexion sur les mesures de gestion à mettre en place afin de densifier le réseau de mares en limite sud de la réserve et ainsi assurer la connexion des milieux humides et des espèces qui en dépendent avec les mares situées sur la commune de Biville, particulièrement pressantes au regard des menaces d’intrusion marine.

Enfin, les données obtenues au cours des sondages par drone mettent en évidence un manque de connexion entre les mares de la réserve et les mares de Biville pouvant exercer une influence sur les populations d’amphibiens et notamment en limitant leur capacité à coloniser les sites aquatiques plus au sud du massif dunaire. La densité des points d’eau est un facteur jouant un rôle important sur la répartition des tritons crêtés (Jacob et Denoël, 2007), pouvant expliquer l’absence de cette espèce sur les autres mares du massif dunaires. En effet, à l’exception d’une mare creusée en 2015 sur l’ancien terrain militaire de Vasteville, le triton crêté n’a pas été observé ailleurs que sur la réserve naturelle.

Du fait de sa mobilité réduite, (points d’eau distants de quelques centaines de mètres), le triton crêté est une espèce particulièrement sensible à la fragmentation des habitats. La création de nouveaux sites aquatiques pourrait donc être envisagée afin notamment de permettre aux espèces à faible mobilité de coloniser ces nouveaux espaces et ainsi mieux adapter les mesures de gestion au repli des espèces aquatiques en cas d’intrusion marine au sein de la réserve naturelle.

Synthèse étude géomorpho 2021-2024-VF.pdf

 

09/01/2025 12h36

Les oiseaux nicheurs des haies en Normandie

Les oiseaux nicheurs des haies en Normandie - Bruno Chevalier - Octobre 2023

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15/07/2024 15h43

Bilan 2024 WETLANDS INTERNATIONAL

OISEAUX D’EAU EN JANVIER

Nous avons recensé 316 718 oiseaux en janvier 2024, contre 380 560 en janvier 2023, quand la moyenne de ces dix dernières années est de 336 602 oiseaux.
En lien avec la dynamique propre à chaque espèce et la bonne couverture dont bénéficie cette enquête, onze d’entre-elles (10 % de la cohorte) ont établi un nouveau record historique : le héron bihoreau (9), l’ouette d’Égypte (10), la sarcelle d’hiver (18 553), le canard souchet (9 219), le canard mandarin (4), la sarcelle tachetée (2), la nette rousse (70), le fuligule à tête noire (2), le milan royal (4), la mouette mélanocéphale (2 272) et le pingouin torda (3 930).
Sachez également que nous étions plus de 100 en janvier pour couvrir cette enquête, dont un quart de professionnels. Nous avons parcouru plus de 10 000 km et consacré 600 h de notre temps à ces recensements, soit une valorisation du bénévolat estimée à 25 000 €.

WI2024.pdf

11/08/2023 14h53

Bilan Wetlands International "Oiseaux d'eau en janvier" 2023

Bilan réalisé par Bruno Chevalier : WI2023.pdf

11/08/2022 14h50

Bilan Wetlands International "Oiseaux d'eau en janvier" 2022

Bilan réalisé par Bruno Chevalier : WI2022.pdf

18/07/2022 17h14

Bilan Wetlands International « Oiseaux d'eau en janvier » 2022

WI2022.pdf

20/04/2022 15h44

Stratégie régionale d’action : limicoles nicheurs des hauts de plage

Protégeons réellement les gravelots sur les rivages !

Après 3 Plans Régionaux d’Action avec, entre autres, un colloque international consacré au gravelot à collier interrompu organisé à Caen en 2012, le GONm assure désormais la coordination générale (récolte de l’ensemble des données d’observation, harmonisation des protocoles, etc.) et le suivi de l’ensemble du projet, élargi à double titre, puisqu’il s’étend à la  Normandie et aux Hauts-de-France et qu’il concerne quatre espèces : grand gravelot, petit gravelot, gravelot à collier interrompu et huîtrier-pie.


Deux grands axes et 5 actions sont déclinés :

  1. Axe 1 : Études visant à l’amélioration des connaissances des espèces
    • Action 1 : Recensement des populations nicheuses
    • Action 2 : Évaluation du succès de la reproduction
    • Action 3 : Phénologie des rassemblements postnuptiaux
  2. Axe 2 : Actions de communication et de protection des sites de reproduction
    • Action 1 : Mise en place de systèmes de protection
    • Action 2 : Information et sensibilisation aux enjeux liés au gravelot

Pour participer (recensements, protection des sites, …), il faut contacter le GONm, seul acteur en Normandie en s’adressant à Eva POTET <eva.potet@gonm.org>


Et, bien sûr, faire attention à ces oiseaux qui nichent en haut de plage et, surtout, ne ramasser aucun déchet d’avril à juillet inclus : vous pouvez détruire les nids sans même vous en rendre compte !

 

21/03/2022 11h38

Enquête LANDES

25 ans après la première enquête "Landes", nous vous proposons ce printemps une nouvelle étude sur les landes pour mieux connaître l'évolution de l'avifaune de ces milieux typiques des paysage du massif armoricain.

La formation originelle de la lande atlantique provient principalement de l'agriculture traditionnelle (fauche et pâture) qui a participé au maintien d'un écosystème dans lequel la succession végétale s'est arrêtée. Terrains incultes, couverts de végétaux à faible valeur agronomique, ces espaces naturels sont parmi ceux où la valeur patrimoniale est la plus élevée. Les pratiques extensives sont essentielles à la conservation et à la présence de l'avifaune typique de ces milieux ouverts dont les espèces emblématiques sont : la fauvette pitchou, l'engoulevent d'Europe, le tarier pâtre, le busard saint-martin, la locustelle tachetée, le bruant jaune, l'hypolaïs, la tourterelle des bois, la fauvette grisette, etc.

Les milieux concernés par cette enquête sont les landes faiblement boisées, à ajoncs, bruyères et fougères-aigles.

Période de prospection : 2 à 3 passages pas site, une visite entre fin mars et fin avril et une visite entre mi-mai et juin, la troisième visite peut se faire entre fin mars et fin juillet.

Modalités : il s'agit de dresser la liste des espèces présentes en repérant les espèces caractéristiques comme la fauvette pitchou. Des sorties nocturnes pourront être réalisées pour estimer le nombre d'engoulevent d'europe (lors de soirées « chaudes » sans vent, en juin). Des points d’écoute pourront être réalisés pour ceux qui le souhaitent.

Les milieux concernée :

  • Calvados : Bures-les-Monts, Colleville-sur-mer, Jurques, La Hoguette, st Honorine-des-Pertes, Port-en-Bessin, Commes, St Pierre du Mont, Bonneville-la-Louvet.
  • Orne : Lonlay-l'Abbaye, La Bellière, Fleuré, Francheville, Rouperroux, Silly-en-Gouffern.
  • Eure : Courcelles-sur-Seine.
  • Seine-Maritime : Anneville-Ambourville, falaise du Havre à Tancarville et du Cap de la Hève à Vaucottes, Fécamp à St Valéry-en-Caux.
  • Manche : Barenton, Rancoudray, Gathemo, Ducey, Chausey, Granville, Carolles, Champeaux, St Pair, Lessay, Doville, Besneville, Surville, Millières, Lithaire, Varenguebec,  Le plessis-Lastelle, Saint-Jores, Gorges, Montebourg, Bricquebec, La Pernelle, Tourlaville, Carneville, Fermanville et les Landes de la Hague (héauville, biville, vauville, digulleville, jobourg, Omonville la P, Omonville la R, Flamanville, Ste Croix H, Herqueville, Auderville, Beaumont)

Les adhérents souhaitant participer à cette enquête sont priés de me contacter par mail dès que possible. Ils recevront une fiche des espèces et des conseils de méthode.

    Jocelyn Desmares
    06 38 56 81 70  
    jodesmares@laposte.net

11/02/2022 16h45

Nouvel Atlas des Oiseaux de Normandie

Vous pouvez à présent vous procurer "le Nouvel atlas des oiseaux de Normandie" :

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